Un peintre moderne émule des maîtres anciens

 

 

 

 

Chicago Tribune Paris

Le 13 mars 1932, S. 3
Egon de Vietinghoff : Portrait d'une Ukrainienne, vers 1927

Portrait peint par
E. A. de Vietinghoff (1)

 

Comme un maître ancien

Les collectionneurs et les artistes déplorent la mauvaise qualité de plus en plus répandue, ces dernières années, de nombreux matériaux vendus aux peintres par les marchands. A en croire ces derniers, seuls les maîtres anciens connaissaient le secret du mélange et du broyage des couleurs, ainsi que de la confection adéquate du support, ce qui permettait à leurs œuvres de résister aux outrages du temps.

Or, il se trouve à Paris un peintre belge (2), E. A. de Vietinghoff, qui semble avoir redécouvert la plupart de leurs secrets.

L'installation de son atelier ressemble davantage à un laboratoire et à un chantier qu'à un lieu de rendez-vous d'artistes et d'esthètes et, où naissent éventuellement de charmantes toiles et où on vous sert du thé à l'occasion.

E. de Vietinghoff broie lui-même toutes ses couleurs, confectionne ses propres supports, et obtient ainsi une pureté de tons et un remarquable degré de translucidité pour ses teintes intenses qu'il est rare de voir de nos jours.

Quelques-unes des natures mortes qu'il souhaiterait présenter en juin prochain dans une exposition de la "Galerie Jeune Peinture" ont la classe d'un Chardin. Jusqu'à présent, il n'a pas encore exposé ses œuvres à Paris (3), de sorte que l'on peut considérer l'accrochage à la "Jeune Peinture" comme un événement dans le monde des arts de la capitale.

Commentaires de l'article du Chicago Tribune Paris

(par Alexander von Vietinghoff)

1) Le français était en sens propre la langue maternelle d'Egon de Vietinghoff sa mère était Belge. Durant les presque dix ans de son séjour à Paris, où il avait déjà passé les premières années de sa vie, il s'y était senti chez lui. Aussi lui avait-il paru tout naturel de signer "de" au lieu de "von Vietinghoff" ce nom était déjà suffisamment difficile à prononcer pour un Français.

2) Si sa mère était Belge, lui ne l'a jamais été : en effet, il était devenu Suisse en 1922.

3) Cela n'est pas exact, car il avait déjà participé au "Salon d’Automne" en 1928 et au "Salon des Tuileries" en 1931.

Nous ignorons si l'exposition à la "Galerie Jeune Peinture" a véritablement eu lieu et s'il y a présenté des toiles. Les louanges du journaliste sont surprenantes, lorsqu'on sait qu'Egon de Vietinghoff a réellement commencé à créer en cette année 1932 précisément. L'auteur de l'article ne pouvait donc avoir la moindre idée de la maîtrise que cet artiste atteindrait au cours des 55 années qui allaient suivre. D'autre part, la comparaison avec Chardin, le plus remarquable des peintres français de genre et de natures mortes, est impressionnante dans ce contexte !