Père d'Egon Mère d'Egon Parents d'Egon Vietinghoff et Yourcenar Biographie d'Egon

vor

 Conrad de Vietinghoff

Les barons de Vietinghoff sont issus d'une famille de noblesse ancienne mentionnée pour la première fois en 1230. Quelques ancêtres abandonnèrent au 14e siècle leurs terres d'origine du Bas-Rhin près d'Essen pour gagner la région de la Baltique en qualité de membres de l'Ordre des Chevaliers Teutoniques, qui constitua pendant plus de 3 siècles la puissance spirituelle, politique et économique dominante. Leurs multiples ramifications leur permirent d'acquérir et d'administrer de nombreuses terres, d'abord de façon plus ou moins indépendante, puis dans l'Etat monastique des chevaliers teutonique (jusqu'à 1561), et après sous les souverainetés polonaise, danoise, suédoise et depuis 1721 russe.

Au cours des siècles, d’aucuns quittèrent ces terres pour la Suède et la Pologne, ainsi que pour l'intérieur de la Russie. D'autres ont regagné les régions germaniques du sud, d'où ils ont en partie émigré vers l'Autriche. Les ancêtres directs de Conrad de Vietinghoff se sont établis définitivement en Livonie (aujourd'hui la Lettonie).

La branche familiale à laquelle Conrad appartient est toutefois toujours restée dans les provinces baltes, dont les terres fermes se répartissaient entre la Courlande, la Livonie et l'Estonie. Les ancêtres de Conrad vivaient en Livonie (en letton Vidzeme), entre la capitale Riga et la ville universitaire de Dorpat (de nos jours Tartu).

Les armoiries des Barons de Vietinghoff

Lors de la fondation des républiques de Lettonie et d'Estonie en 1918/1920, le nom de Livonie disparut de la carte, car ce pays fut démantelé: la partie sud unie à la Courlande devint la Lettonie, la partie nord fut attribuée à l'Estonie.

Orthographiés de différentes façons, on retrouve des membres de la famille dans les services de l'Etat et de l'armée des tsars de Russie, des empereurs allemands et autrichiens ainsi que des rois de Suède, du Danemark, de Pologne, de France, d'Espagne, des Pays-Bas, du Wurtemberg, de Saxe et de Prusse, des princes de Hanovre et de Brunswick, des ducs de Courlande et du Mecklembourg, de même que des margraves de Bayreuth.

Ils ont contribué à façonner l'histoire de l'Europe, et en ont vécu les souffrances. Du porte-drapeau au général, ils ont participé à toutes les guerres décisives des siècles passés, en Europe centrale, occidentale, orientale et du Nord – même dans deux camps ennemis. D'autres ont exercé des fonctions de juges, de conseillers privés ou d'Etat, de préfets ou de chambellans. En leur qualité de propriétaires fonciers et de députés, ils étaient responsables de l'économie rurale et forestière, ainsi que de l'infrastructure et des questions sociales de vastes régions, ainsi que, bien sûr, de l'exploitation de leurs propres domaines.

C'est là une tradition qui pèse sur la nature extrêmement sensible de Conrad, et dont il se libérera pour se vouer à son exceptionnel talent musical. Conrad est le cadet de 4 frères. Plutôt que se consacrer aux problèmes de ce monde, il préfère lire le Nouveau Testament en grec ou étudier avidement les partitions des symphonies de Beethoven et de Brahms. Mieux encore: il les joue dans Salisburg, le château familial, à huit mains avec ses cousines sur deux pianos à queue. Cela pour l'excellente raison que les salles de concerts de Riga ou de Reval (Tallinn) sont d'un accès difficile avec une voiture tirée par des chevaux, et que le CD n'a pas encore été inventé...

En 1889, il étudie l'économie et l'agronomie à Dorpat (Tartu), aujourd'hui en Estonie, puis à Leipzig (1891/92) en Allemagne. Et il se consacre à la musique et prend des leçons de piano, particulièrement chez le fameux Oskar Raif à Berlin où il suit également des cours d’histoire de la musique (1893-1899).

En 1902, il épouse Jeanne Bricou, d'origine belgo-hollandaise. Ce faisant, il rompt avec la tradition de sa famille et de son milieu, car il contracte le premier mariage roturier depuis 16 générations!

Conrad et Jeanne s'installent à Paris. Il se fait verser sa part d'héritage en 1904 et bien lui en prend: Salisburg, résidence de la famille depuis 1795, dans l'actuelle Lettonie, est dévasté en 1905, ainsi que 300 autres manoirs, lors de la première Révolution russe 1905.

Sans le savoir, il est le personnage d'Alexis, dans "Alexis ou le Traité du vain combat", 1929, le premier roman de Marguerite Yourcenar, dont les parents étaient des amis des Vietinghoff. Ce personnage a indéniablement Conrad pour modèle, que l'auteur baptise du nom du second fils de celui-ci (et donc du frère du peintre).

Jusqu'à la mort prématurée de sa femme, il participe avec elle à la vie de la haute société, noblesse et bourgeoisie aisée, et ils fréquentent également les grands noms des arts et leurs mécènes.

Veuf, il mène pendant trente ans une vie de solitaire proche de l'ascétisme, dans de petits appartements plongé dans la littérature, la philosophie et le monde de la musique. Conrad de Vietinghoff est d'une exigence extrême pour lui-même. Mais il est fragile, et beaucoup trop timide pour se produire en concert.

Il ne se produisit qu’à des très rares occasions en public, lors de seulement deux concerts de bienfaisance en 1910 à Wiesbaden (Allemagne) et d’une autre en 1923 à Fribourg (Suisse), ainsi que lors de concerts chez lui. En réalité, il était fragile, beaucoup trop timide et introverti pour une grande carrière de soliste.
Rares sont ceux qui ont l'occasion de l'entendre jouer, et encore, dans un cadre strictement privé. Tous parlent de lui comme d'un pianiste génial, absolument incomparable dans ses interprétations de Bach, Mendelssohn, Schumann, Chopin, Brahms ou Reger, son cadet de deux ans. Il jouait sur un piano à queue de Blüthner. Pianiste au toucher de velours, rien n'a jamais été enregistré de ses interprétations chantantes. Agé de 86 ans, il meurt à Zurich, paisiblement, pauvre et ignoré.
Père d'Egon Mère d'Egon Parents d'Egon Vietinghoff et Yourcenar Biographie d'Egon

vor